Être sorcier dans le Londres magique, c'est vraiment tranquille... Sauf lorsque trois frères, les Bumblebee, décident de révolutionner le monde magique en proposant trois idées qui s'opposent : révéler les sorciers aux moldus, intégrer les créatures à la société, ou tout laisser en l'état en se méfiant bien des deux autres. Le monde magique anglais est en ébullition à mesure que les trois candidats s'opposent, laissant un peu leurs charges respectives à l'abandon au profit de leur campagne. C'est ainsi qu'à Poudlard, un joyeux bazar règne souvent en l'absence du directeur, et que les créatures de tous poils envahissent peu à peu les villes sorcières pour le meilleur comme pour le pire !
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Constellations • Elise

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Ligue des Sorciers
& directeur de Serpentard



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Viridus Emerald
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Dim 17 Mai - 21:35
Deuxième jour d'excursion, deuxième jour d'enfer. Viridus commençait à se demander ce qu'il faisait là, avec sa patience qui s'amenuisait encore plus vite que d'habitude. Pour une fois, il essayait de ne pas se passer les nerfs sur les élèves ; il fallait que jeunesse se fasse, et il pouvait comprendre l'excitation ambiante. Les voyages étaient rares, l'atmosphère se devait d'être électrique, entre chuchotements excités et fous rires inextinguibles issus d'une fatigue trop profonde pour laisser le sommeil venir.

Il serait bien rentré chez lui, en laissant la charge du troupeau à ses collègues, mais il n'était pas irresponsable à ce point-là. Il n'était peut-être pas gentil ou compatissant, il ne rentrait certainement pas dans la catégorie des hippies bienveillants qui semblaient constituer la majeure partie du corps enseignant de Poudlard, mais il était présent, plus attentif qu'il n'y paraissait. Et puis, il était hors de question qu'il laisse ses Serpentards sous la surveillance des autres dans ces conditions. Il valait mieux être un Serpentard soi-même pour gérer ses élèves, sous peine de se laisser embobiner et de finir par en perdre un. L'atmosphère se prêtait très bien aux idées stupides.

C'était de plus en plus pesant, d'ailleurs. A cette heure, une partie des gamins s'étaient retirés dans les chambres, qu'ils occupaient par petits groupes, mais on entendait encore des gloussements étouffés venir d'un peu partout. L'auberge était pleine à craquer, avec les spectateurs du tournoi qui s'étaient installés là également, et Viridus commençait à avoir l'impression que l'excitation des élèves contaminait tout le monde. Était-il le seul à presque sentir des étincelles sur sa peau ? Il était fatigué, nerveux, pas spécialement à cause de l'évènement mais par simple empathie. Il détestait cette sensation. On le croyait insensible, mais il l'était peut-être trop, incapable de se séparer totalement de l'émotion ambiante. C'était sans doute la raison de son amour pour les choses bien ordonnées ; ce genre de chaos lui donnait des migraines.

Ses collègues vaquaient à leurs occupations, discutaient, lisaient, il était encore un peu trop tôt pour patrouiller dans les couloirs. Ou peut-être pas, en fait, si l'on comptait que les chambres étaient probablement insonorisées, et qu'il y avait certainement une petite fête en cours quelque part dans le bâtiment ; il pouvait difficilement croire que ses Serpentards dormaient tous docilement à vingt-deux heures, ou alors les temps avaient bien changé depuis sa propre scolarité. Au moins, la magie empêcherait les problèmes avec les autres occupants. Il soupira, faisant tourner sa baguette entre ses doigts d'un geste nerveux, assis un peu en retrait dans la grande salle principale.

Il n'avait aucune envie de prendre part aux discussions, ayant déjà rempli son quota de mondanités pour la journée, mais il n'arrivait à rien faire d'autre, toute tentative de concentration vite étranglée par la lassitude énervée qu'il ressentait. Le livre qu'il avait emporté trônait, fermé, sur la table à côté de lui, et il se trouvait bien stupide d'avoir cru être capable de lire dans ces conditions, alors qu'il bouquinait habituellement dans le calme religieux de ses appartements à Poudlard. Il faisait trop chaud, trop lourd, comme si un orage allait bientôt se déclarer, et il était malheureusement trop orgueilleux pour prendre une potion contre sa migraine sans avoir un peu souffert au préalable.

Au final, il y eut un rire de trop, qui lui vrilla les tempes, et il se leva comme un automate, se dirigeant vers la porte arrière. Un peu d'air frais lui ferait du bien et, de toutes façons, si quelqu'un faisait encore un bruit strident il n'allait pas pouvoir se retenir de lui balancer un maléfice cuisant ; il valait mieux sortir.

L'air frais de la nuit emplit ses poumons comme de l'eau fraîche sur une brûlure et, dés que la porte fut fermée, il put entendre son propre coeur battre, saturant ses tympans dans un moment de malaise. Le silence était presque absolu ; un peu de nature, quelques bruits de la ville, mais rien en comparaison du brouhaha à l'intérieur. Il bénit encore la magie qui l'isolait vraisemblablement du moindre bruit, s'adossant un instant au mur du bâtiment pour se frotter l'arête du nez dans une vague tentative d'effacer ce mal de tête sans avoir recours à un médicament.

Il faisait encore froid, ce qui expliquait sans doute que les élèves se terrent à l'intérieur. Ou peut-être était-ce la fine pluie d'avril qui était tombée toute la soirée ? Elle s'était arrêtée entretemps pour laisser place à un ciel de nuit, un peu gris au dessus des lumières de la ville. Il était reconnaissant pour ce temps peu propice à l'occupation de l'extérieur ; une seule silhouette se découpait dans le faible éclairage.

« Ah. »

C'était plus un soupir pour lui-même qu'une exclamation, un son qui avait franchi ses lèvres sans vraiment en demander la permission. Quelque part, il n'était pas étonné qu'elle ait aussi cherché du calme, sans trop savoir pourquoi. Il s'avança un peu dans la cour, qui servait manifestement de terrasse à l'endroit les jours de beau temps.

« Je vois que je ne suis pas le seul à étouffer là dedans. »

Il avait encore avalé son nom, qu'il prononçait de plus en plus rarement. C'était le nom qu'il voyait sur les listes et les copies, en décalage avec l'impression qu'il avait d'elle. Elle le retrouverait sans doute quand il ne serait plus attaché à la condescendance qu'il aurait été forcé d'exprimer. Il était étrangement familier. Peut-être la migraine, peut-être le début d'une autre parenthèse.

Prenant encore une grande inspiration, il se sentait presque grisé. Le soupir qui suivait forma un nuage ; les nuits de printemps étaient fraîches. Il allait peut-être regretter d'avoir abandonné sa robe de sorcier sur le dossier de sa chaise mais il aurait été incapable de rentrer, ou du moindre geste inutile comme baisser les manches retroussées de sa chemise. Résistant à l'envie de se masser les tempes comme on combat une faiblesse, il enfonça ses mains dans ses poches, apparemment indifférent.


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Elise B. Dickney
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Dim 17 Mai - 23:10
« Il y avait ces fois ou Elise avait envie de tout lâcher — de tout envoyer en l’air, compreniez-vous. Il y avait ces fois ou elle s’en voulait un peu, beaucoup — puis soudainement énormément. Alors ça l’atomisait de l’intérieur, et elle finissait par regarder son bois dansant entre ses fins doigts. Alors elle ne savait pas — elle avait envie de fracasser ce noyer noir et de le balancer plus loin — au loin. En confettis de bois et d’échardes. Histoire de voir, aussi ; son crin de sombral flotter — disparaître d’un coup de vent.

Aussi y avait-il eu des rires, un sourire grand ouvert — sans doute un peu forcé. Il y avait eu des bras enserrant ses épaules, il y avait eu sa tête venant heurter elle ne savait pas trop quelle partie du corps de son ami. Il y avait eu ces petites histoires racontées sur la journée — les perdants, les vainqueurs ; les bêtises. L’absence soudaine du chat, aussi. Alors elle était restée avec eux, avait presque fini par se croire sincère. Ils la voyaient sans la voir comme elle les voyait sans trop les penser. Sous la table restaient ses menottes jouant distraitement avec sa baguette et.

Et elle ne savait pas — elle avait un peu mal à la tête. Un peu mal de tout, d’elle, aussi. Elle se sentait coupable, ressentait encore les mouvements de son estomac se pulvérisant lorsque son regard avait dévié hors de l’estrade — du ring et de Richard. Et ça lui déplaisait, de s’être sentie ainsi ; comme amante prise en flagrant délit. Et puis — que lui avait-il pris, à lui ? Elle l’avait toujours su joueur et rieur mais. Elle avait entendu la rumeur et. N’était-ce pas déplacé ? Qu’aurait-elle fait, hein, si elle s’était retrouvée dénuée devant tous ces regards ?

Par Merlin, elle ne savait pas — se serait sentie en un sens violée. Plus que tout au monde, plus qu’une main sur sa cuisse dénuée ou que savait-elle. Et ne serait-elle pas restée dans les mémoires comme-t-elle ? Qui savait, peut être quand elle intégrerait son équipe, l’an prochain — peut-être qu’on se souviendrait. De ce tourbillon blond s’étant ridiculement achevé, puis s’étant fait désarmer.

Pas un point. Juste un offert par son adversaire — tout aussi blond, plus aussi. Plus aussi quoi, d’ailleurs ? Amusant ? Elle ne savait pas. Se rendait compte qu’elle était plus âgée que lui, et encore enfermée dans ces murs, encore là à perdre et à se questionner.

Ca la tuait.
Et se rater comme ça, c’était comme un aveu — comme une barrière. Comme une de ces choses s’accumulant. Elise supportait mal l’échec, l’émotionnel elle — elle avait sans doute un peu l’habitude, s’y était accoutumée. Ce n’était plus si grave, c’était accepté ; passé — elle avait bien compris qu’on ne pouvait plus, quoique plutôt qu’on ne pouvait pas l’aimer. Pas comme elle était, pas pour ce qu’elle était — ou du moins pas tant qu’elle le faisait.

Mais s’étaler comme ça — magiquement, physiquement. Ca n’allait pas, ca ne pouvait pas. C’était frustrant et cuisant, ça lui faisait lui nouer la gorge et. Et le simple fait de songer à toutes ces accumulations, ces acceptations sentimentales comme ces rejets et déceptions. Elle savait pas vraiment, compreniez-vous ? Savait que trop bien, sans doute — voulait juste ne plus y penser, voulait ne pas savoir.

Voulait être aussi stupide que ses ratés le montraient.
Elle aurait bien aimé être aussi vive qu’une valise sans poignée — qu’une baguette sans son cœur. Elle aurait bien aimé être de ces jaunes pouvant aimer sans trop penser, sans trop chercher. De ces personnes enfermant les autres dans les cadres. Elle aurait bien aimé, oui.
Mais elle ne pouvait juste pas — comme elle ne pouvait pas se permettre les échecs, comme elle ne pouvait pas s’empêcher de continuer à aimer et espérer. Comme elle ne pouvait pas s’empêcher d’avoir si mal à ce moment même. De sa petitesse et de sa médiocrité. Ce n’était pas la première fois qu’elle se ratait — ce n’avait pas été le moment, pas la bonne personne. Il n’avait pas utilisé les bons mots, les bons sorts — les bons avertissements. Elle-même n’avait pas regardé au bon endroit. Elle-même n’avait pas tout bien fait comme il fallait.

Il y eut un haut le cœur alors que ses intestins semblaient se remplir d’acide — aussi avait-elle laissé s’échapper un rire à la tablée ; avait-elle enserré tendrement Sloan. Aussi avait-elle frotté sa joue contre le petit bout de chou à peine en troisième année voulant être grand à — à être avec eux, les vieux. Aussi aurait-elle peut-être du lui dire que ce n’était pas très sage, que de s’accrocher à ceux allant partir — qu’elle le savait bien. Mais c’était trop doux, mais si il s’attachait à elle tout irait bien — car elle ne le laisserait pas, car elle ne l’abandonnerait pas. Comme la fois ou Ludovic était venu la prévenir qu’un peu plus tôt dans la journée Grayson avait martyrisé le gamin. Pour rien. Le jour de la saint valentin — vraiment très malin.

Enfin.
Les tendresses passées, des rires et des promesses plus tard ; elle s’était éloignée, la blonde. Car il y avait eu ce hurlement de trop agressant ses oreilles, ses nausées augmentant plus les boissons passaient et les paquets de chips et autres confiseries s’ouvraient. Alors elle avait ouvert la porte d’un claquement ; la refermant sans un bruit.

Et tout l’avait happée — le froid violent, les fragrances tous justes passés des dernières goutes de pluie. L’odeur de la nuit — les quelques bruits, les rares passant se bousculant ou déambulant. Certains avaient les mains dans les poches, le nez planté en direction du ciel et — et ça lui donnait envie de faire pareil, tout d’un coup.

L’humidité de la soirée l’avait soudainement calmée — emportée bien au loin. Dans un endroit plus paisible ou rien ne lui rappelait plus ses erreurs et étouffements divers. Alors elle s’était avancée, ses jambes recouvertes d’un de ses fameux jeans bleus foncés ¬— à quand les jupes, à quand l’été ? A quand l’insouciance ? A quand la fin ? Le renouveau — et peut-être qu’il s’était déjà réenclenché. Peut-être que déjà le bourgeon d’une nouvelle vie était sorti — elle s’était sentie si légère ; quelques temps auparavant. Sentait encore le calme serein vibrer dans ses veines, et — et elle avait envie de lever les yeux au ciel, oui. La ; ses deux pieds fermement ancrés au sol, sur le pavé.

Il n’y avait pas d’étoiles — juste du gris. Aussi sentait-elle son bois dans sa main, vibrant — lui criant des choses qu’elle ne voulait sans doute que trop entendre. Et ça la tuait, des fois ; que d’avoir obtenu ce rare bois. Car chaque échec, car chaque passe difficile le rendait plus faible — car il faudrait qu’elle s’en dépossède pour un moment donné, si trop de tout s’accumulait.

Preuve ultime de l’incompétence.
Pour une Serdaigle, n’était-ce pas amusant ? Un sourire ironique pava ses lèvres alors qu’un petit rire franchissait leur seuil. Et elle avait envie de tendre le bras brutalement ; de lancer un million d’artifices — de tous petits mais très présents. Juste pour elle, juste pour le monde — juste pour quiconque voulait bien. Et elle avait cette envie désespérée de perforer les nuages pour pouvoir entrapercevoir un magnifique ciel étoilé.

Ca la tuait, à quel point elle pouvait faire ce genre de choses — à quel point les cadres l’en empêchaient, à quel point les rites et les questions de forme la liaient mains et pieds.
Ecrire des lettres était bien moins compliqués — l’on ne pouvait laisser qu’un mot, qu’une insulte ; l’on pouvait faire s’étouffer nos ancêtres.
Et en rire.

Soupir derrière elle, assez infime pour qu’elle n’en sursaute pas — pour qu’elle se demande si oui ; si non. Si elle ne rêvait pas. Car la blonde avait toujours été très bonne, oui — quand il s’agissait de reconnaître des voix. Aussi avait-elle soudainement envie de se laisser à l’esclaffement — de ceux vous renversant la tête en arrière et vous coupant le souffle, vous faisant mouiller les yeux puis les joues, et ce jusqu’au cou.

Elle était juste restée immobile, sa cape de sorcier voletant quelque peu derrière elle — aussi se dit-il qu’il y avait un peu d’air. Que tout était bon, pour s’aérer l’esprit. Pour repartir d’un bon pied. Et puis. C’était si incongru. Aussi un sourire avait fini par fleurir, étendant ses commissures ; laissant se creuser une parenthèse étroite sur l’une de ses joues. — C’était un peu fou, comme elle se sentait calme, tout d’un coup. Presque bien. Comme si l’on l’avait arrachée à sa réalité pour la plonger dans quelque chose de plus normal, de plus — elle ne savait pas trop.

Différent ? Hors du temps ?
C’était difficile à dire.

« Ah — vous êtes là. » Sa voix avait été tel un soupir — un de ces constats fondant ; assez reposé pour n’heurter. Un demi chuchotis. Un peu content, aussi ; et ça la faisait doucement rire d’avoir formulé le tout ainsi. Ce qui aurait du sonner comme un constat sonnait comme quelque chose d’attendu. De presque convoité.
Malice, silence — et puis : « Les enfants sont si bruyants. »

Elle ne s’était même pas rendue compte de l’ineptie qui venait de parcourir ses lèvres, s’était juste contentée de relâcher ses épaules alors que ses mains s’étaient enfoncées plus profondément dans sa cape — elle s’était juste contentée de s’attendrir d’un air un peu absent. « Mais ce n’est pas plus mal, cela montre qu’ils sont en bonne santé. Que les tristesses sont étouffées et que bientôt elles seront remplacées par des rires entièrement sincères. » Une main incontrôlable était venue jusqu’à son visage, rabattant de ses quelques doigts cheveux derrière oreille — coulis doré un lisse mais un peu rebelle ; s’échappant de moitié pour retomber un peu plus en avant.

Elle ne s’en était pas souciée — enfin. Elle se sentait juste bien. Après la tempête la situation lui semblait propice à autre chose. Un nouveau elle ne savait trop quoi. Et c’était agréable d’être ainsi — elle qui s’était soudainement sentie si en marge retrouvée dans son isolement. Parfaite intervention. Aussi s’était-elle permise une œillade en direction de son invité un peu involontaire — « Tout va bien ? » Cela avait sonné sincère — très souriant, aussi.

Presque léger.
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Viridus Emerald
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Mar 19 Mai - 17:56
Elle n'avait pas l'air surprise, comme si elle avait attendu. Comme si elle l'avait attendu, en fin de compte ; il n'y avait pas de salutation, pas d'introduction, et elle l'accueillait comme une vieille connaissance. C'était curieux, pas désagréable. Un peu insolent, compte tenu des circonstances. Peut-être lui avait-il déjà accordé bien plus d'attention qu'il ne l'aurait voulu, peut-être était-ce le signe qu'il aurait dû rentrer en claquant la porte avant que quelqu'un n'entende ce début de conversation et se pose les mauvaises questions. Quelle ironie que de craindre un quiproquo dans une des rares situations où il n'avait rien fait de répréhensible...

La situation était bancale, avec tellement de niveaux de lecture en quelques phrases qu'il en gardait tout juste la trame lui-même. Il eut un soupir léger, qu'il n'aurait pourtant pas pu cacher. Les enfants étaient bruyants, oui ; il aurait dû la compter parmi eux, tout comme elle aurait dû s'y inclure. Il ne pouvait cependant nier que son constat sonnait beaucoup trop naturel. Arrogance, expression d'une âme sans âge ou indice à son intention ? Il garda le silence, car elle continuait. Cela lui laissait le temps pondérer les possibilités.

Il avait bien remarqué qu'elle n'était plus une enfant. Il les voyait tous grandir, après tout, plus douloureusement encore depuis que lui-même était figé. Pour le nombre de fois où il avait voulu faire ravaler son sourire au préfet en chef de Serpentard, qui se délectait de la différence de hauteur entre eux... Ce n'était pas le cas en ce moment précis, il était lui-même, mais une version sans doute en retard de cinq ans sur ce qu'il aurait dû être. Le temps n'avait plus d'emprise sur lui, aussi se rendait-il compte avec une clarté violente des changements chez les autres. Il avait vu une enfant entrer à Poudlard, presque huit ans plus tôt, mais elle n'était définitivement plus là, ou bien cachée. Il n'aurait pas suivi des yeux les mouvements d'une enfant, il n'aurait pas remarqué que la faible lumière ambiante parvenait à faire luire l'une ou l'autre mèche dorée. Et, tous comptes faits, elle n'aurait probablement pas dû attirer son attention sur ces détails ; ils ne servaient qu'à détruire un peu plus l'épaisse barrière entre eux, à affiner son début de compréhension d'elle. Il n'aurait pas dû essayer de comprendre mais on aurait pu remplir toutes les bibliothèques du monde avec tout ce que Viridus n'aurait pas dû faire.

Soupirant doucement, il leva les yeux vers le ciel, son souffle épais dans la soirée fraîche. Il se sentait vaguement mal à l'aise, le sentiment progressant de manière insidieuse.

« Hmm. »

Elle était étrange, et c'était probablement la raison pour laquelle il la tolérait si facilement, mais cela avait un inconvénient majeur, qu'il avait déjà remarqué à leur dernière rencontre en privé. Elle lui volait ses mots, le ralentissait, dans une espèce d'aura de calme qui s'étendait autour d'elle. Ici, cet apaisement était teinté d'une sorte de mélancolie, mais cela ne changeait rien à sa lenteur soudaine.

Aux mots qu'elle prononçait, il se demandait d'ailleurs si l'émotion négative ne venait pas d'elle, comme ses maux de tête étaient l'expression de l'atmosphère à l'intérieur de l'auberge. En effet, quelle tristesse y avait-il chez les enfants ? Il n'en avait perçu aucune. Déceptions, honte, volonté de s'améliorer, espoir pour soi ou pour les autres... Où étaient les larmes dans tout cela ? Il n'avait vu que celles de fatigue, chez ceux qui avaient déjà mal dormi la nuit précédentes et supportaient difficilement la tension et le contrecoup de la concentration.

La jeune femme était aussi calme que ce qu'elle lui inspirait, comme si la tempête qu'il avait à plusieurs reprises perçue chez elle s'était enfuie à son approche, ne laissant derrière elle que cette vague impression que lui-même ressentait – et ça allait bien avec cette atmosphère d'après pluie. L'occlumencie aurait été bien plus utile si elle s'était étendue à cette empathie dysfonctionnelle, mais il aurait eu l'impression de se couper d'un de ses sens ; c'était inenvisageable, quelque soit le soulagement qu'il y trouve.

« C'est à espérer. Les rires sont là, mais la sincérité n'a pas l'air de vouloir se montrer. Ils sont tous épuisés. »

Une remarque honnête, au premier degré de compréhension. A ce niveau, elle parlait des autres, il parlait des autres, mais ce n'était pas pour autant qu'il n'avait pas compris qui se trouvait réellement dans l'oeil du cyclone. Sa voix le trahissait peut-être, trop plate pour être une vraie réponse à la malice qu'elle avait exprimé, trop lasse pour être convaincante. Il aurait voulu dire autre chose, faire preuve d'une plus grande finesse, mais cela lui était impossible.

Il n'était apparemment pas le seul à deviner, au vu de la question qu'elle lui posait. Si le début de la conversation avait été normal, il n'aurait probablement pas été étonné de ces mots, mais sans une salutation explicite, ils semblaient bien formels. Peut-être était-il plus pâle que d'habitude, peut-être avait-elle surpris son geste. Il ramena les yeux sur elle, et lui-même n'aurait su dire s'il la disséquait ou la couvait du regard.

« Migraine. »

C'était un aveu arraché, un seul mot livré avec mauvaise foi, et dont il se demanda sur le champ comment il avait pu le laisser échapper. Il n'admettait habituellement pas la douleur ; il n'admettait pas grand chose. Il secoua la tête, comme pour atténuer la brusquerie avec laquelle il avait parlé.

« L'air frais me fait du bien. Un peu de calme. »

Il parlait peu, mais en disait trop, en phrases saccadées, qui lui semblaient tordues par manque d'éloquence. Était-il juste trop mal pour être acide comme à l'accoutumée, ou était-ce juste sa compagnie ? Il n'en savait rien, et il n'était pas certain de vouloir savoir.


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Elise B. Dickney
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Mar 19 Mai - 23:01
« Il y avait eu ce soupir mince — cette petite chose lui donnant envie d’esquisser un doux sourire. Aussi n’avait-elle pas trop su pourquoi, la blonde — rester là dans le froid était étrangement rassurant. Le voir se laisser aller aux onomatopées aussi, comme si tout était devenu si routinier — et ça lui faisait un peu bizarre, de ce dire ça. Habitude. Si peu probable, quand il s’agissait des siennes. Ses quotidiens ne l’étaient jamais vraiment — aussi finissait-elle par l’inclure dans ce petit bout de chose un peu à elle ; sans trop vraiment savoir.

Sans trop vraiment vouloir. Pourquoi.

Aussi n’avait-elle rien dit, avait bougé les jambes, en étendant une devant elle alors que ses mains étaient profondément ancrées dans ses poches — le geste semblait gamin. Mais qui s’en souciait vraiment ? Sur Elise tout était si décalé, ses sourires comme ses moues au naturel — ses courts jeux de pieds ne ressemblaient à rien de connu, quand elle s’y mettait.
Et pourtant. — Elle semblait si commune, si banale ; presque grisée. Il lui fallait un coup de vent pour qu’elle s’envole, d’une personne de plus dans la rue pour qu’elle disparaisse ; engloutie par ces teints sombres et ces gens pressés.

Il ne semblait rien de très durable chez Elise — elle ne semblait peut-être pas très fiable. Aussi ne disait-elle rien, ses yeux un peu voilés — plongés dans complexes pensées mais aussi dans divers contentements. Car tout allait bien, dans ce présent ; dans cet instant — avec lui. Lui.

Juste lui — cela semblait bien, comme attribut. Et rien ne lui allait mieux que le vous. Elle avait l’impression ainsi de ne jamais l’avoir connu  — et. C’était un peu comme si chaque instant avait à être savouré, comme si chaque discussion pouvait ne plus avoir de lendemain. Cela avait une saveur d’inconnu ; oui — mêlée d’un soupçon de savoir. De mémoire et d’elle ne savait trop quoi. Il n’était pas vraiment question de jouer, plus de vivre ; voyez-vous. Apprendre à être soi, pleinement et sans contrainte — car elle se sentait lassée, compreniez-vous.

Lassée des jeux et du reste — lassée d’une vie qu’elle aimait tant. Car elle avait sans doute un peu peur et un peu mal. Car elle avait tant de choses en elle qu’elle ne savait plus qui elle était vraiment. Au final. Alors qu’ici tout allait bien, elle n’avait pas à répondre à Richard sur le même ton que lui — elle n’avait pas à s’effacer et à sourire à une chose ne lui disant rien. Car elle n’avait pas à se perdre — car elle avait juste à inspirer l’air humide de ce Londres déjà à moitié endormi, oui.

Tout était si compliqué — tout était si parfait, dans cet équilibre de méconnus. Elle en aurait presque eu envie — d’un geste, d’une chose. D’un regard et d’un doigt de levant — sans doute en aurait-elle eu envie, oui. Presque eu envie d’y croire. Et ça lui enserrait la poitrine, lui comprimait les poumons tout autant qu’en dehors tout était si calme — alors qu’elle même ne comprenait plus ses propres paroxysmes : refusait d’y accorder la moindre pensée.

Ses cheveux lisses avaient miroité alors qu’une fine brise était venue les faire remuer, basculant par dessus une de ses oreilles pour venir flotter bien devant ses yeux — retombant mollement sur sa joue. Une seconde était passée et elle avait écouté sans regarder son ainé — un masque impassible mais contenté sur le visage. « Ils sont fatigués mais ils ne veulent pas se quitter — et sans doute est-ce ici l’acte le plus sincère. »

Sa voix avait été trainante, comme si la blonde avait été soudainement trop consciente de ses nuances ; de ses tonalités. Le tout avait été un peu bizarre, un peu nuageux, sans doute — nébuleux. « N’est-ce pas ? » Et un sourire innocent était venu découper ses lèvres, fendant son faciès assez largement pour faire monter quelques pétillements à ses yeux. — Et elle l’avait fixé, soudainement remplie de calme et de joie ; d’une de ces choses que vous ne ressentiez que quand vos paupières déjà étaient pâteuses. Sans doute était-ce l’heure de dormir, ou peut-être était-ce juste l’obscurité — toute restriction semblait s’être effacée.

Que pouvait bien faire Elise face aux poussées spontanées ? Pas grand chose. Elle était victime de ses propres réactions, ne pouvait rien moduler ni arranger à sa guise — tout avait été soudainement trop vivant quoique paradoxalement si paisible. Enfin. Il y avait une légèreté un peu durcie dans ses traits, dans sa manière de s’être imperceptiblement rapprochée d’Emerald alors qu’elle avait tourné ses grands yeux vers lui.

Aussi l’avait-elle sans doute réalisé, s’était un peu tassée ; n’arrivant pourtant à gommer dans l’entièreté ces restes d’esquisses persistant sur ses lèvres vivifiées. Enfin. — Encore.
Puis arrêt — direct ; quasi subit. Lorsqu’il avait énoncé ses maux. Alors elle n’avait pas pu lutter, n’avait pu que se retourner vers lui ; comme certains papillons ne pouvaient quitter source de chaleur et de lumière une fois qu’ils l’avaient trouvée. « Sincèrement ? »

… Elle aurait voulu se donner un coup de matraque, aussi. Car l’inquiétude avait coulé hors de sa bouche comme certains couinements lui échappaient lorsqu’elle rentrait dans quelque chose ou quelqu’un. Le tout souvent suivi d’un pardon. « Enfin, je veux dire ; tant mieux. » Et elle avait papillonné un instant, se battant avec ses paupières pour rendre le tout moins conséquent — dévisager et s’étendre n’avait jamais été très bon moyen de se faire accepter. Enfin. Pourquoi s’en souciait-elle seulement ? N’était-il pas qu’un inconnu ? Qu’une chose inaccessible qu’elle ne tarderait à ne plus revoir ? Car bientôt tout serait fini, car dans quelques minutes sans doute tout s’écroulerait — et. Ou — demain ? Aussi ne savait-elle pas trop. S’entêtait et finissait par se perdre à se laisser aller. Il n’y avait rien de bon dans les effusions forcées ou les gestes comprimés.

Peut-être aurait-elle du, cependant.
— Chaque attention créait de la peur, compreniez-vous. L’on finissait par faire attention, par se méfier ou par avoir mal — souvent, d’ailleurs, par avoir mal.

Et elle aurait voulu lui proposer son aide — lui lancer un de ces sortilèges qu’elle avait eu l’habitude de manier déjà toute gamine. Pour son père, pour Vance ; aussi — pour tous ces gamins qui s’étaient endormis et qui n’avaient jamais trop su pourquoi ils allaient mieux au lendemain.
Mais l’acte aurait sans doute été déplacé, et puis — pouvait-elle seulement ? Après tant de médiocrité, voir une poupée vous proposer ce genre d’idée était au comble du ridicule. Une enfant. — Quelle vaste plaisanterie. Elle se souvenait encore de ses insuffisances et carences, le tout contrastant terriblement à ses souvenirs passés — à ses mains parcourant la tête de ses courts patients alors qu’elle-même se laissait aller à rire doucement ; dans son cœur. A l’intérieur. Quoique — juste un mouvement de poignet était suffisant, quand il s’agissait de balancer ce genre de sortilèges de soin. Enfin.

Sa moue au tantôt illuminée de tamisés contentements s’était un peu assombrie, alors que ses cheveux tel un rempart s’étaient rabattus sur ses paumettes. Mais elle avait fait comme si de rien n’était — redressant à nouveau minois après cette fraction de temps passée à s’encombrer — à s’abattre et s’atomiser. Pour rien. « Vous — » Vous n’êtes pas dérangé ?

Par elle — mais. Au final. Non. « Des fois j’aimerais bien partir, vous savez. Juste m’envoler ; disparaître. » Il y avait eu une pause, et elle était de retour — si calme et posée, si heureuse ; là, dans leur microclimat. Ses menottes toujours au chaud, enfoncées ; ses pieds bien tendu — sa tête un peu en l’air, comme offerte à la lune. « Sans doute pourrais-je bien le faire, maintenant — car au final, qu’est-ce qui me retient ? » Partir en voyage — et ce ne serait-ce que pour un instant, que pour quelques heures offertes, données.

Son faciès imprégné des rares éclairages s’était très lentement tourné vers celui si haut de son compagnon : « Je plaisante. » Et elle était toujours là, le minois redressé ; les cheveux insouciants et le sourire prononcé — un rire chuchoté ne tardant par à éclore tout sur ses lèvres. Elle ne savait pas pourquoi — pour tout, pour rien. Ses yeux luttaient pour ne pas finir noyés par quelques malices grisées et — et.

Voir son visage la calmait.
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Viridus Emerald
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Mer 20 Mai - 18:37
L'étrange nostalgie s'était enfuie, comme envolée dans la brise soudaine. Il aurait pu jurer que ce n'était pas venu de lui, et ce changement d'humeur était rapide, comme si elle avait papillonné d'un souvenir à un autre, d'une sensation à la suivante sans s'y attarder vraiment. Était-ce sa présence qui créait ce détachement, qui la tirait de l'immobilité dans laquelle il l'avait trouvée ? Elle ne semblait pas avoir besoin de lui, ni de point d'ancrage particulier, elle semblait créer son propre équilibre. Les mots, cependant, démentaient ce détachement, et il ne pouvait rien y opposer sans trahir le fond réel de ce bout de conversation ; il avait toujours aimé les nuances, le choix des tournures comme si l'on composait un bouquet du plus grand raffinement, et il n'était pour une fois pas le seul à les utiliser.

Ils ne voulaient pas se quitter, non, mais la nuit avancerait inexorablement, même si elle était encore jeune ; il est des compagnies qui doivent être dissoutes pour laisser venir le sommeil, son absence laissant la place à trop de possibilités de se créer des regrets. De qui parlait-on, vraiment ?

« Vous avez certainement raison. Il faudra bien, pourtant. Un jour ou l'autre. »

Il en disait trop, en parlant si peu ; pour l'auditeur attentif, il se trahissait sûrement, dans un mauvais choix d'unité de temps. Il ne parlait pas d'un moment, de minutes comptées, des secondes égrainées avant que quelque chose rompe l'équilibre. C'était un jour ou l'autre, c'était bien plus loin qu'un souhait de bonne nuit. Il aurait dû faire plus attention. Peut-être était-ce la faute de cette migraine, dont il ne parvenait pas encore à croire qu'il l'avait avouée. Elle lui faisait faire de drôles de choses, décidément.

Presque étonné, il la voyait marquer un arrêt dans le mouvement permanent qui l'habitait depuis un moment déjà, comme si cet unique mot avait interrompu un balancier. Son assurance semblait la quitter à chaque instant d'ouverture, comme si elle avait peur qu'il ne se referme. A juste titre, peut-être, puisqu'il n'aurait même pas dû s'exprimer si librement. Il laissa échapper un rire, tout petit, fatigué. Pourquoi était-il aussi calme ? Il aurait dû soupirer, avoir l'un ou l'autre geste brusque, sa migraine aurait dû s'aggraver à chaque mot qu'elle prononçait, mais ce n'était pas le cas ; elle diminuait même peut-être, même s'il était trop tôt pour le dire. Cela revenait souvent par pics plus ou moins violents.

« J'ai ça souvent. »

C'était presque des excuses, encore un détail qui n'était pas de notoriété publique. On le voyait pourtant souvent plisser les yeux et se masser les tempes, mais on croyait à une manifestation de son sale caractère ; en vérité, même s'il était présent en permanence, le caractère en question s'exprimait plus violemment encore dans la douleur, sa patience s'amenuisant en même temps que les réserves d'énergie vite drainées par les maux. Elle levait les yeux vers lui, et il se surprit à se demander si son contact lui ferait du bien. Il la voyait fragile et pâle, presque éthérée sous le ciel grisâtre. Elle était peut-être l'allégorie de ce courant d'air qu'il avait cherché, insaisissable, apaisant, frais et volatile dans la nuit. Il secoua imperceptiblement la tête pour chasser cette pensée.

Montrant encore un sursaut d'humeur, comme si elle se raccrochait à autre chose, elle ouvrait une phrase pour se raviser, sans doute pour ne pas dire ce qu'elle voulait vraiment exprimer. Il ne savait pas s'il appréciait ou déplorait ses hésitations ; il avait un impact sur elle, sa présence inspirait autre chose que de la méfiance, de la crainte ou un respect distant. Peut-être était-ce parce que ce genre de réactions ne lui étaient plus destinées depuis longtemps qu'il y prenait plaisir, comme aux petites banalités qui lui semblaient plus en relief quand il les voyait de plus haut que ce qui était devenu son habitude. C'était, dans le fond, quelque chose de presque normal, et elle était là. Juste présente, accueillante, sans obligation, sans s'imposer ; après tout, c'était lui qui était venu troubler sa paix. Elle semblait juste le laisser approcher, sans les barrières qui auraient dû se dresser naturellement, sans la moindre révérence ni peur apparente, elle papillonnait d'une chose à l'autre, laissant un chemin de miettes qu'il suivait sans même s'en rendre compte. C'était fort étrange, mais pas désagréable.

Elle était devant lui, et elle le regardait, le visage levé, prunelles pétillantes après l'inquiétude qui les avait, il en était presque sûr, envahies un peu plus tôt. Elle était changeante. Il était soudainement heureux que ses mains soient dans ses poches, pour retenir un geste malheureux ; il aurait eu envie de tendre la main et de la toucher, comme attiré par une flamme.

« Vous êtes intelligente. Prenez encore un peu votre mal en patience, le monde attendra bien trois mois ; vous serez bientôt libre comme l'air. »

Aaah, la voix de la raison. Il viendrait, ce moment où elle pourrait faire tout ce qu'elle voudrait, partir, voyager, c'était bien sûr de cela qu'il était question ; cette plaisanterie semblait bien trop sérieuse pour qu'il la laisse passer sans un mot d'avertissement, ponctué d'un sourire curieusement malicieux. Il semblait détendu, mais elle était fort proche. Il serrait les poings dans ses poches pour ne pas replacer une mèche rebelle derrière son oreille, un geste qui l'attirait sans qu'il sache pourquoi mais qu'il ne pouvait pas se permettre.

Une vague de malaise remonta, parce qu'il se contrariait. C'était loin d'entrer dans ses habitudes. A nouveau, il sentit ses tympans saturer d'un bruit que lui seul entendait, et il porta une main à son propre visage, pressant doucement entre ses sourcils, fermant les yeux un instant. Un réflexe bien vain, il le savait, et affiché avec un peu trop de liberté par rapport à sa retenue habituelle. Encore un curieux contraste.


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Elise B. Dickney
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Mer 20 Mai - 22:18
« Son souffle avait été un peu coupé — un peu fragilisé, alors qu’il lui répondait dans cette proximité qui la mettait presque mal à l’aise. Ca la forçait à réaliser, compreniez-vous — qu’il y avait son corps et celui d’un autre, au delà de deux voix et d’une poignée de regards — le tout saupoudré de quelques sourires. C’était un peu comme si tout avait cessé d’exister hormis leur conversation et cette odeur encore humide d’après pluie. « Vous — »

Vous quoi ? — Et elle avait eu envie de riposter, la blonde ; de mordre ses propos premiers. Comment pouvait-il s’exprimer de la sorte ? Se permettre d’écraser de quelques rationalités les questions de hasard et d’attachement ? Aussi ne savait-elle pas, aussi ne voulait-elle pas — s’énerver, s’en aller. Tout claquer. Mais peut-être aurait-elle dû, oui ; lui dire haut et fort : je vous trouve bien dur, professeur.

Et tout avait fait si mal, dans sa gorge ; alors elle s’était contentée de lui offrir un sourire un peu doux, un peu voilé, aussi. « Vous comprenez, il est si beau d’espérer. » Et n’était-ce pas magnifique ? N’était-ce pas propice ? Elle-même ne savait plus où elle en était, sur quoi elle rebondissait. Parlait-elle de ses envies ou était-elle toujours sur ce désir de le contrecarrer ; de — d’elle ne savait pas trop quoi, s’éloigner.

Mais. Elle ne pouvait pas. Pouvait-elle ? Elle n’avait pas essayé — n’avait pas dit à ses jambes de reculer, ne leur avait pas hurlé d’enclencher marche arrière pour aller danser un peu plus loin ; bras au vent pour minois renversé. « Mais, dites moi — quel est l’intérêt ? » Ses yeux avaient papillonné alors qu’elle avait tenté de reprendre consistance. Son propre visage était bien trop près — trop lisible, presque dissécable.  

Et puis — et puis elle ne savait pas pourquoi. Le rire de son interlocuteur, leur rapprochement absurde, les paroles totalement décalées. Sa façon d’être rigide, d’être tendu — ses manières et ses raisons. Elle n’avait rien pu faire, n’avait pu retenir ce rire incontrôlable sortir hors de ses lèvres qui pourtant avaient tenté de résister — pincées. Alors elle s’était éloignée, un peu ; pour ne pas l’offusquer, pour ne pas lui faire de mal — le tout s’était adouci alors que ses iris humides voyaient le monde à moitié flou. « Non, je veux dire — vous savez. » Nous sommes ridicules. « Il est plus utile de s’échapper lorsque l’on se sent oppressé — attendre la liberté n’est qu’un moyen de rester dans les maints cadres conventionnels. » Enfin, elle comprenait — tout, un peu rien. Ne savait même pas ce qu’elle disait — si peu elle-même, au final. Un peu plus et elle se serait crue en train d’écrire un lettre.

Le rouge lui était monté aux joues, et elle avait un peu chaud ; alors elle avait sorti ses mains, saviez-vous. Histoire de se faire un peu de vent, d’aller récupérer quelques mèches égarées pour les remettre en place derrière oreille — pour sembler plus sage, aussi ; peut-être. « Enfin, je suis navrée. » Car elle était restée très douce — sa voix n’avait commis aucun heurt ; mais tout avait soudainement été trop vivant, voyez-vous. Il lui avait fallu assimiler les décalages, se libérer de ces tensions et frustrations — et ça la perturbait plus qu’elle ne l’admettait. Après tout, n’était-elle pas la reine de l’accumulation ? Déroute.

Quelques pas et elle s’était rapprochée, se figeant ostensiblement à chaque mouvement de son opposé — car il était là, à sortir sa propre paume ; pour venir la porter à son visage. Le geste lui semblait tellement beau mais — d’un autre coté. « Je — » Murmure étouffé et —

Elle aurait aimé le toucher — avait levé une main sans pouvoir se résoudre à achever son geste. La blonde était en quelque sorte de retour, un peu trop proche ; un peu trop elle, un peu trop quelqu’un d’autre. Quelque chose qu’elle ne reconnaissait pas — et il n’y avait sans doute que ses nuées pour la rassurer, que la froideur de ses doigts pour lui rappeler qu’elle était bien là. Bien elle — peu importe le rôle joué. Incarné.

Sa menotte s’était contractée à quelques millimètres des pores de l’inconnu déjà tant entaché — aussi avait-elle fini par se replier ; disparaître un peu plus loin. Aussi ne savait-elle pas, pourquoi tout ça. Pourquoi une émotion si vive pour un blocage si soudain — peut-être n’était-ce pas le temps, peut-être n’était-ce plus à elle. Peut-être ne pouvait-elle sans doute plus ; se permettre de faire les premiers pas, toujours — d’entamer et de vivre.
Sans doute avait-elle déjà assez donné — sans doute au fin fond d’elle sentait-elle le rejet et les blessures soudaines ; presque simultanées. Peut-être l’avait-il déchirée sans même s’en rendre compte — sans même qu’elle ne s’en rende réellement compte.

Le tout avait un gout un peu amer, et ses yeux oscillaient d’un œil à l’autre — il lui semblait si grand. Si grand alors que son visage tourné vers le haut tentait désespérément de se plonger dans les prunelles toutes entières de son ainé — si grand qu’elle en avait le vertige, qu’elle en ressentait un déséquilibre.

— Si grand qu’elle y était, là. Prête à s’effondrer.
Position inconfortable alors que son visage offert au ciel hésitait inexorablement : « » Et les mots n’avaient pas voulu sortir. Sans doute avait-elle réalisé, à présent — et se retrouvait-elle là ; à s’achever.

Se protéger ? Se laisser agoniser — finir, reprendre ; oublier ?
Elle avait amorcé un geste de recul.
Insignifiant et pourtant si présent.
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Viridus Emerald
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Mer 20 Mai - 23:43
Elle hésitait encore, s'embrouillait ; ce qu'elle disait était décousu. Il avait fini par ouvrir les yeux, et les poser sur elle pour assister, impuissant, au détricotage de toute cette insolence. Et il savait parfaitement d'où ce changement venait, pour une fois. Elle n'avait pas compris. Et pour cause, il manquait des mots, il manquait des gestes qu'il ne pouvait pas se permettre.

Aurait-il pu prévoir ses mots, ses mouvements ? Sans doute pas. Il avait froissé une aile au papillon plutôt que de le laisser se brûler, et il la voyait tenter de s'éloigner, après un geste amorcé. Dernier signe, peut-être, d'un début d'affection, au vu de ce dont il s'agissait. Elle avait babillé des choses dont il n'avait retenu que certains mots, qui exprimaient pleinement la source du problème. Cadres conventionnels. Voilà qui était très juste. Il y avait, qu'ils le veuillent ou non, un cadre conventionnel.

Il eut un soupir agacé, retenant tout juste un claquement de langue énervé, et ce n'était pas adressé à elle. C'était, pour la première fois depuis peut-être dix ans, une reproche envers lui-même. Il aurait dû n'en avoir rien à faire, qu'elle parte, qu'elle pleure, qu'elle finisse par ne plus jamais lui adresser la parole, il aurait peut-être même dû appuyer sur cette blessure qu'il devinait à nouveau, toujours la même ; il ne savait d'ailleurs pas si ces apartés étaient faits pour se reproduire souvent, s'il n'allait pas un jour se lasser, mais... Pouvait-il renoncer à un peu de normalité, à ce calme qui l'envahissait si facilement en sa présence ? Pas dans l'immédiat, pas dans un moment de faiblesse.

C'était en effet, dans tous les sens, un moment de faiblesse. Il se sentait mal, un peu plus encore depuis ce début de réaction confuse, ces murmures étouffés et cette sagesse d'écolière qui ne lui correspondaient plus depuis un moment déjà – à nouveau, son coeur était remonté dans sa gorge, où il pouvait l'entendre battre. Et puis, il y avait aussi cet élément paralysant ; pour la première fois depuis qu'il était sorti, il détourna les yeux d'elle ou du ciel, dont elle ne semblait être que la prolongation. Il ne pouvait pas encore rentrer dans le bâtiment, au vu de l'agitation qui y régnait encore, tous ces gens qui teintaient la fenêtre de buée.

Tout du long, on aurait pu les voir, on aurait pu les entendre, quelqu'un aurait pu sortir, et il le savait. Il n'était pas du genre à laisser filer des détails, il était même plutôt paranoïaque ; lorsqu'il découvrait un nouveau lieu, il notait les sorties, vérifiait la magie ambiante avant de s'y laisser aller. Il avait simplement choisi de l'ignorer, comme il avait ignoré la partie la plus importante de la question qu'elle lui avait posée un peu plus tôt. Jusqu'à présent, ils prenaient l'air, discutaient à distance respectable, et il avait déjà peur que cela lui attire des ennuis. C'était à peu près la seule chose concrète dont il avait peur, d'ailleurs, de se laisser aller à quelque chose qui lui fasse perdre la seule maison qu'il aie. Il fallait évidemment que ça arrive lorsqu'il relâchait un peu sa garde.

Il fallait qu'il réagisse, parce qu'elle avait un mouvement de recul. Ce n'était pas ce qu'il voulait.
Elle n'avait pas compris.
Il leva une main en direction de la fenêtre, tant que personne ne faisait attention à l'extérieur.

« Obscuro. »

Magie sans baguette ; pas forcément durable, mais suffisamment pour envoyer un nuage noir bloquer l'horizon d'éventuels curieux pour le temps dont il avait besoin pour remettre les choses en place. Sans demi-mots, sans non-dits.

Il vint attraper le menton de la jeune femme pour le relever vers lui, geste impérieux pourtant effectué avec délicatesse, comme s'il avait peur de la casser.

« Laissez-moi reformuler plus clairement. »

Il balayait de quelques mots les balbutiements décousus, le quiproquo manifeste. Il aurait peut-être dû attirer son attention sur cette maudite vitre, lui rappeler la situation, mais l'équilibre lui avait semblé trop fragile et trop précieux pour s'en détourner une seconde, alors qu'il avait pourtant pris tous les paramètres en compte. Il avait simplement choisi de les ignorer, comme on ignore volontairement la prudence.

« Le monde attendra bien trois mois. Moi y compris. »

Il ne voulait plus la voir détourner les yeux, il ne voulait pas voir de mouvement défensif. Il soupira, sincèrement cette fois, toute trace d'énervement enfuie pour laisser place à une grande lassitude. Sa voix suivait, plus basse qu'avant.

« Je ne fais pas ce que je veux. Du moins, pas pour l'instant. Il y a des choses que je ne mets pas en jeu, que ce soit pour une vraie raison ou pour ce que quelqu'un d'autre pourrait comprendre de travers, mais ce n'est pas pour autant que je refuse votre compagnie. »

Il avait pourtant cru être clair, mais il avait sans doute été trop froid, sous le coup de la douleur aiguë qui lui avait transpercé le crâne. Elle était toujours là, d'ailleurs, et il allait finir par en grincer des dents, mais chaque chose en son temps. Il la lâcha enfin, par peur de se crisper brusquement et de lui faire mal ; il n'était pas tout à fait certain de maîtriser sa force nouvellement retrouvée.

« Calmez-vous. »

C'était plus une supplique qu'un ordre, le ton oscillant entre les deux, et c'était peut-être un peu égoïste, mais ne l'était-il pas par nature ? Tant qu'on y était, il était aussi ambigu ; il profita de sa courte liberté de mouvement pour attraper une mèche dorée, et la laisser glisser doucement entre ses doigts.


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Elise B. Dickney
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Jeu 21 Mai - 18:57
« Elle avait eu l’impression de tomber — de s’effondrer en arrière dans sa tentative de recul ; comme si des forces invisibles l’y avaient poussée. Aussi aurait-elle voulu crier, paver sa chute d’un de ses sons marquant les tympans puis les esprits — n’avait rien pu faire ; n’avait même pas agi. Car il y avait eu ces gestes figeant soudainement ses mouvements et — et elle ne savait pas trop pourquoi, si le voir si près et si grand à la fois lui avait fait perdre l’équilibre quelques instants plus tôt ce —

C’était différent.
Aussi son soupir lui avait-il glacé le sang, aussi n’avait-elle pas pu se refréner d’achever ce geste destiné à l’éloigner. Car elle ne savait pas — car elle avait eu peur ; aussi. Sans doute. Pas de lui — personne en face d’elle ; mais peur pour elle. Peur pour quelque chose qu’elle ne comprenait pas, qu’elle ensevelissait sous les informations inutiles et sous des messages brouillons. Car elle ne voulait pas y penser, car elle ne voulait pas comprendre — car elle se rendait compte que sa respiration oscillait entre apnée complète puis courts souffles saccadés quoique imperceptibles.

Aussi se demandait-elle ; oui — pourquoi.
Et elle n’avait pas trop su faire quoi d’autre — s’était littéralement figée sur place lorsqu’il avait levé la main dans une direction qui leur était un peu opposée — aussi s’était-elle statufiée, oui. A croire qu’elle n’avait pas fui assez tôt — à croire qu’elle attendait une sentence, tout simplement.
Mais il n’y avait rien eu, juste un de ces sorts qu’elle connaissait si bien ; juste ce nuage apparaissant dans le recoin de son champ de vision — aussi s’était-elle détendue, tout d’un coup. Comme une plume oscillant dans les airs avant d’enfin toucher paroi où reposer — aussi ne pouvait-elle jamais lutter contre ce genre d’actions. La magie était ce qui l’animait, et elle savait oui ; Elise — qu’elle n’aurait pas survécu, si elle était née dans ce monde de moldus. Alors le voir prononcer un mot si simple, si commun. Si terre à terre — elle ne savait pas trop, se sentait juste soudainement enveloppée dans une routine, dans une connaissance si maitrisée et revisitée que — qu’elle.

Voilà.
Aussi sans doute avait-ce été un peu pour ça qu’elle ne l’avait pas vu approcher, ses yeux ayant dérivé au loin — à terre, de biais. Aussi était-ce un peu pour ça, oui ; que son visage avait tourné si mollement sous la prise de son partenaire — alors elle avait cligné des yeux. N’avait tout d’abord pas compris — avait juste senti son cou s’étendre pour faire se relever son menton. Elle avait eu l’impression, oui — qu’un peu plus et elle n’aurait fait qu’un avec le ciel.
Mais ce n’avait pas été le cas — il y avait eu ces mots et soudainement toutes ces réalisations. Il y avait eu ses nuées qui n’avaient eu d’autre choix que de réaliser le visage tout entier d’Emerald et — et elle n’avait pas trop su, non.

S’était juste pétrifiée.
Comme ça — sans plus rien dire. Ses yeux d’ordinaire si insoupçonnés n’avaient fait que tourbillonner d’un de ses comparses à l’autre. Aussi n’avait-elle pas trop su où regarder, oui ; et chaque mot n’avait fait que brouiller ses sens un peu plus profondément.

Elle ne savait pas quoi répondre et — l’instant avait semblé durer une éternité. Aussi avait-elle écouté et — et n’avait pu s’empêcher de se perdre dans le regard de l’autre. Dans tout ce qui avait bien voulu s’offrir à ses iris : des pommettes au nez — et.
Le tout l’avait un peu embarrassée. Presque soudainement.
Elle était si invisible, compreniez-vous — ne s’était souciée de rien ; mais lui, lui était si présent, peut-être même un peu trop. Elle ne savait pas. Aussi avait-elle voulu détourner le regard, avait-elle voulu basculer ses yeux un peu ailleurs — mais n’avait pas pu. S’était juste contentée d’un papillonnement rapide puis très lent. Ainsi chaque battement de cil lui permettait de reprendre contenance ; alors qu’à chaque fois qu’elle se rouvrait au monde il n’y avait qu’un visage. Son inconnu.

— Car au final, n’était-il pas ça ? Son inconnu — son méconnu.
L’idée lui avait arraché un maigre sourire, venant contraster avec les couleurs un peu particulières déjà présentes sur ses joues. Et il l’avait lâchée — et. Elle ne savait pas ; elle s’était juste contentée d’inspirer — si fort et si complètement. Aussi sa demande n’avait été qu’un accompagnement à ses propres mouvements. Et — elle avait eu envie de rire. De lui dire comment osez-vous dire ça ; quand vous me faites comme ça.

S’était tue, n’avait cependant pas réussi à gommer cette esquisse grimpante ; amusée de ces choses un peu secrètes l’habitant.
Et — et. Peut-être s’était-elle sentie libérée — quasi tremblante, aussi. Quelle idée.

L’acte avait été impulsif ; alors que lui même ne tardait pas à s’éloigner, à se détacher elle s’était rapprochée, oui.
S’était redressée sur la pointe des pieds et sans trop savoir comment ni pourquoi était venue poser une de ses paumes glacées sur les yeux de son ainé. Il n’y avait eu aucun bruit, juste un souffle un peu hésitant ; presque vacillant. « S’il vous plait. Je vous en prie — attendez. »

Il n’était pas question qu’il continue à la voir comme ça.
Aussi seul le son de sa respiration avait résonné — seul indice quant à la scène et à son visage à cet instant même. Car après tout, elle aussi ne se voyait pas — ne pouvait voir que lui, ne voyait que lui. Alors elle était restée là, réalisant à peine qu’elle avait parlé — que tout semblait si nouveau, d’un coup. Sa voix.

Sa main libre était venue se poser contre son front à elle puis contre ses propres yeux — la fraicheur de son dos de main lui faisait du bien. Aussi avait-elle soupiré ; doucement, alors qu’en équilibre instable elle avait repris ce qu’on pouvait appeler consistance. Ou légèreté — elle n’était pas trop sûre.

Avait soudainement envie de rire, saviez-vous.
Aussi avait-elle laissé passer les secondes — aussi avait-elle pris le temps de regarder une dernière fois tout entièrement ; aussi s’était-elle finalement reculée. Et il y avait ce petit quelque chose de nouveau dans ces pupilles, compreniez-vous. Ce petit quelque chose un peu nébuleux — un peu piquant et brillant. Un peu serein et gris — aussi se sentait-elle galaxie ; tant elle ne comprenait plus à rien, la blonde.

Un mouvement de main et était venue se former une capuche à sa cape ; ne tardant pas à se rabattre sur le haut de son crâne. Son coulis doré avait été avalé alors que seules ses mèches dégoulinantes sur ses épaules étaient restées si présentes — si vivantes.

Et il y avait eu ce détail — infime, la perturbant soudainement si grandement. « Mais — » Et ça lui avait fait bizarre, de le regarder de nouveau de si loin — de biais ; tête tournée. Sa visière l’empêchant de tout bien voir et — « N’avez-vous donc pas froid ? » Une inquiétude un peu palpable ressurgissait presque naturellement dans son timbre alors qu’il lui rappelait sa réaction passée quasi précipitée. Le tout lui semblait déjà si lointain — et.

Elle ne savait trop quoi faire — quoi trop penser.
Elle-même ne savait pas si elle mourrait de froid ou de chaud, compreniez-vous.
Eternelle.
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Viridus Emerald
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Ven 22 Mai - 11:29
A chaque fois qu'elle s'était figée, il avait eu l'impression de lui avoir fait peur, mais il n'avait pas perçu d'affolement ; elle avait l'air perdue. Si elle n'avait pas compris, il ne pouvait plus rien pour elle. Il était sorti de sa réserve, presque violemment, tentant de l'empêcher de s'enfuir. Il se demandait d'ailleurs ce qui lui avait pris, pourquoi lui-même réagissait comme ça. Au delà de la théâtralité qui lui collait à la peau, il la laissait approcher, et refusait qu'elle se rétracte, ça ne lui ressemblait pas. Il aurait dû s'agacer de tant d'instabilité, et la repousser d'un coup, faire exactement ce à quoi elle avait cru.

Il aurait pu se noyer dans ses yeux, au milieu de tout un tas de choses qu'il lui échappaient, mais il s'était abstenu, il avait reculé à mesure qu'il lâchait cette mèche dorée, juste un peu pour remettre les choses à leur place ; il n'avait pas prévu qu'elle le suivrait, ne le laissant pas vraiment rompre le contact.

Il eut soudain l'impression que sa tête explosait, pas de douleur mais de soulagement. Une main fine et froide sur ses yeux, cachant la lumière, apaisant la fièvre. Sa respiration pourtant régulière avait eu un raté, une inspiration de noyé qui rejoint soudainement la surface. Le bon sens lui hurlait de reculer, mais. Il avait eu raison, en fin de compte.

Sentant son souffle contre lui, il n'osait pas bouger ; elle hésitait, et il restait parfaitement immobile, sans esquisser le moindre geste dans quelque sens que ce soit. Il ne voulait pas lui faire peur, qu'elle recule encore, et il ferma juste les yeux sous sa paume, une nuée d'étoiles s'épanouissant sur l'envers de ses paupières comme s'il avait fixé le soleil trop longtemps. Il s'abandonnait, lui laissait les commandes de la suite, lui offrait l'instant qu'elle demandait. Elle semblait reprendre sa respiration comme s'il lui avait donné un coup dans les côtes. Il fallait qu'il attende, oui. Qu'il attende qu'elle le laisse voir à nouveau, quand elle jugerait le trouble passé. Était-ce juste ça ?  Elle venait de le retenir, fallait-il qu'il attende avant de s'enfuir comme elle semblait le craindre ? Il venait de dire qu'il attendrait bien plus longtemps que cela, à voix haute, et c'était déjà un aveu dangereux, qu'il ne se risquerait pas à répéter. Dans tous les cas, il ne bougeait pas. Il ne pouvait qu'imaginer les nuages blancs de leur souffle qui s'entremêlait.

Il lui avait demandé de se calmer, et il avait l'impression que c'était ce qu'elle faisait. Il attendait que l'animal apprivoisé approche, en se tenant là, aveugle et silencieux pour ne pas qu'un regard, un bruit ou un geste la fasse encore basculer en arrière. Cela aurait peut-être dû le perturber, il n'aimait pas les privations sensorielles ; pourtant, il percevait suffisamment de choses pour que ses sensations semblent saturées. Froid et chaleur en même temps, curieux mélange. Encore un jeu d'équilibre, où elle venait de manquer de tomber. L'avait-il rattrapée à temps ? Il n'en savait rien, mais il avait eu raison. Son contact lui faisait du bien.

Elle avait fini par reculer, et il mit un instant à ouvrir les yeux.
Il n'avait plus mal.

Sa vision retrouvée tomba sur elle, à une distance respectable, qui remontait la capuche de sa cape, et il avait l'impression que le message était passé. Un peu trop bien peut-être. Cette sensation dans sa gorge était-elle un minuscule, imperceptible noeud ? Elle souriait, et ça ressemblait à un retour à la normale, à une réinitialisation, à avant, mais pas tout à fait ; il ne savait pas quoi en penser, mais il n'était soudainement plus aussi sûr de lui. Est-ce qu'elle se cachait ? Elle en avait l'air. Elle disparaissait à moitié, et il avait juste envie d'aller rechercher ce visage dans la pénombre qui l'entourait à présent, qu'elle ne détourne pas les yeux. Préférait-il l'insolence, ou était-ce simplement ces hésitations qui l'inquiétaient encore, comme si elle allait subitement s'éteindre ? Il soupira, et cela ressemblait à l'expiration après une longue apnée. Ses idées s'éclaircirent. Elle était sans doute, justement, raisonnable pour deux au milieu de la confusion qui l'envahissait.

Il avait voulu l'empêcher de s'éloigner juste avant, et ce sentiment revenait plus fort encore, mais sans la même urgence, dans un sursaut résigné. C'était différent. Il avait voulu l'empêcher de fuir, et à présent... Il voulait juste qu'elle reste proche, alors qu'il ne pouvait pas décemment empêcher ce pas en arrière. Sa logique froide, toujours présente, se demanda si c'était elle en particulier ou le temps passé sans le moindre contact humain. Il n'était pas certain de vouloir savoir ce qui l'affligeait, entre le déraisonnable et le pathétique.

Portant une main à son propre visage, il se massa l'arrête du nez, non plus pour contrer la douleur disparue mais comme s'il tentait de s'arracher à un sommeil trop profond. Un retour à la normale, oui... Depuis quand y avait-il une habitude, d'ailleurs ? Quelque chose s'était installé sans lui demander son avis. Il restait à savoir de quoi il s'agissait, si toutefois il était possible d'y mettre des mots.

Une voix beaucoup trop douce le tira de ses pensées. N'avait-il pas froid ? Il se sentit sourire devant l'idiotie de la réponse qui montait. Maintenant, si. Indéniable vérité, pourtant déformée par son humour un peu tordu, lequel se délectait du cliché qu'il jugeait ridicule ; il aurait pu écrire des pièces de théâtre, avec sa facilité à trouver les mots qui auraient fait mouche auprès d'un public invisible. Il avait presque envie d'éclater d'un rire sarcastique, entre la banalité de la question et le drame qu'il aurait presque eu envie d'y instiller pour la beauté du geste, l'absurdité de la scène. C'était ce qui l'avait mis mal à l'intérieur, cet amusement fatigué qui le contaminait à présent. Il n'avait plus mal, mais il était inexplicablement nerveux.

« Ah. »

C'était à nouveau cette exclamation, ce presque soupir, en une version amusée, peut-être même fiévreuse. Un retour ironique au point de départ, où il prenait conscience de sa présence ; c'était un peu ça, au final, il l'avait quittée des yeux un instant, à plusieurs reprises même. Il lui rendait à présent toute son attention, et constatait qu'elle était là, pas encore évanouie dans un courant d'air, pas encore absorbée toute entière par la nuit.

« Pas vraiment. »


Pas vraiment, en effet ; pas physiquement. Il y avait encore quelque chose de trop, dans cette scène normale. Il leva une main en direction de la fenêtre.

« Finite. »

Parenthèse refermée avec la dissolution progressive du nuage noir qui les avait protégés ; la lumière de la grande salle se diffusa à nouveau dans la cour, un peu à la fois. Il n'y avait rien à cacher, et c'était peut-être le pire dans tout ça. A l'intérieur, il n'y avait presque plus personne. Il aurait dû l'envoyer dormir, rejoindre ses camarades qui se demandaient probablement où elle avait disparu ; il y avait un millier de détails, de considérations pratiques qui rendaient cette conversation dangereuse sans même prendre en compte le contenu exact. Cependant, qui était-il encore pour lui donner des ordres ?

Il remit ses mains dans ses poches d'un geste contrarié.


Perhaps in Slytherin you'll meet your real friends
Those cunning folk use any means to achieve their ends.


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(je vous ai dit que j'aime Mori ?) (parce que j'aime Mori, voilà)

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Constellations • Elise

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